Free a pas tout compris…

vendredi 5 octobre 2018 par Yann Lem

L’ancien président Sarkozy disait, il y a quelques années : « Lorsqu’il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit ». Pas sûr que le boss de Free, Xavier Niel (l’une des plus grandes fortunes de France), ainsi que celui de Comdata, Maxime Didier, partagent cette opinion.

L’ancien président Sarkozy disait, il y a quelques années : « Lorsqu’il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit ». Pas sûr que le boss de Free, Xavier Niel (l’une des plus grandes fortunes de France), ainsi que celui de Comdata, Maxime Didier, partagent cette opinion. De quoi alimenter les discussions de leurs prochains diners mondains…

Free prend ses salarié·es pour des pigeons Depuis des années, les salarié·es de la société Mobipel à Colombes, et qui appartient au groupe Free, défendent leurs emplois contre une direction qui, entre octobre 2014 et août 2018, a fait chuter le nombre de salarié·es de 711 à 231. Pour y arriver, tous les moyens étaient bons : du craquage de nerfs organisé, en passant par les sanctions disproportionnées allant jusqu’au licenciement pour faute grave, sans oublier les multiples erreurs de paie pour les derniers rescapées de Mobipel. Ces mille et un moyens pour fermer (en vain) un centre d’appels ont bien été montrés et dénoncés par le reportage de Cash Investigation, toujours visible sur lnternet.

Se défendre est un droit ! Pour organiser la résistance, une section SUD très offensive a occupé tous les terrains : la lutte sociale et collective, l’action juridique et l’exposition médiatique. SUD a toujours travaillé pour construire l’unité syndicale, même - et surtout - dans les pires moments, afin de contrer cette destruction massive d’emplois encouragée par le multimilliardaire Xavier Niel, plus occupé à investir dans des start up et dans l’achat d’opérateurs étrangers.

Mais on n’arrête pas aussi facilement les projets du gendre de Bernard Arnault (LVMH), par ailleurs quatrième fortune mondiale. En effet, sa dernière astuce pour se débarrasser de Mobipel, a été de le vendre au groupe Comdata. Les salarié·es ont alors définitivement compris le manque de reconnaissance que leur portait Free, tout en espérant que la liquidation de leurs emplois allait prendre fin. Pour autant, ce sont les acquis sociaux, la convention collective ou la solidité financière de l’employeur, voire les perspectives d’évolutions au sein du groupe, qui allaient être remis en cause. Tout cela, sans oublier le déménagement de locaux entre Colombes et Gennevilliers (site de Comdata).

Alors, faute de garantie, les salarié·es et les syndicats se sont mobilisé·es pour défendre encore et toujours leurs emplois. Plusieurs mobilisations et un dossier travaillé par les syndicats allaient déboucher sur une victoire éclatante en justice. En effet, fin mai, la justice, saisie par le comité d’entreprise et trois syndicats (CGT, CFDT et SUD), a, en référé (en urgence), suspendu la cession, car les instances représentatives du personnel n’avaient pas été consultées. Sur le fond, deux audiences judiciaires étaient programmées : les 19 et 21 septembre. Free, ayant mauvaise presse, perdant procès sur procès, avec une santé financière fragilisée par son action en bourse à la baisse (-40% depuis le début de l’année), a été contrainte d’ouvrir des négociations pour sauver la face. Tout l’été ont eu lieu plusieurs séances de négociation pour aboutir à un projet d’accord. Celui-ci devait, pour s’appliquer, avoir l’assentiment des salarié·es et, bien sûr, le renoncement à toute action en justice. Cet accord, certes loin d’être parfait, évitait le risque de perdre éventuellement devant un tribunal… Et, même en cas de victoire, nous ne faisions que retarder une échéance. En effet, Free ne se serait pas privé, quelques mois plus tard, de bricoler un dossier en y mettant, cette fois, toutes les formes légales.

Un accord plébiscité par les salarié·es 98 % des salarié·es ont accepté l’accord et donc la cession... Il faut dire que des années d’acharnement et de luttes, cela use ! Dans le cas présent, les garanties permettent aux salarié·es de voir un peu venir pour choisir leur futur, soit au sein de Comdata, soit partir en prenant le temps de se reconvertir.

Ce qui a été obtenu :
- Des primes pouvant aller de 3 000 à 13 000 €, en fonction de l’ancienneté des salariés.
- Des régularisations de primes, qui empoisonnaient les relations sociales de la filiale depuis des années et qui représentent plusieurs milliers d’euros pour certain·es salarié·es.
- Quarante reclassements (soit 17% de l’effectif des salarié·es) au sein des autres centres d’appels du groupe Free avec des aides pour déménager, si besoin.
- Des places de parking attitrées en cas de déménagement du site.
- Le maintien du plafond de la rémunération variable (890 € brut mensuel).
- Le maintien de la mutuelle et de la prévoyance de Free, qui sont largement plus favorables que celles de Comdata.
- Pour l’entreprise, la fin des expertises du CE et le paiement par celle-ci du cabinet mandaté, en échange de l’abandon des rapports en cours sur la santé économique de l’entreprise.


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